Présentations & compte-rendus

Rapport de l'événement : Peut-on envisager une vie politique sans partis ?

de Slim Jaoued

Rencontre-débat organisée en partenariat avec Sigma Conseil

La Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) et Sigma Conseil (Sigma) ont présenté leur cinquième édition de l’année 2020 des Rencontres de Tunis, un sondage exclusif ayant pour titre « Peut-on envisager une vie politique sans partis ? »

On constate à partir des résultats de l’enquête que 84% des répondants ont une perception négative de la scène politique actuelle, 65% iraient même jusqu’à dire qu’ils ont une perception très négative de la scène politique. Parallèlement à cette mauvaise perception, 77% des interviewés estiment que le régime politique actuel n’a pas réussi. Les échecs de ce régime sont associés à l’instabilité politique en 1er lieu cité par 32% des répondants, suivi de l’absence d’entente et de consensus avec 31% et les fausses promesses ainsi que l’absence de changements avec 19%.

Ainsi, 94% des répondants déclarent qu’ils souhaiteraient que des réformes soient apportées au système politique actuel. 63% disent que ces réformes doivent être profondes. 22% mentionnent le changement vers un régime présidentiel parmi les réformes et 11% perçoivent la nécessité de recourir à des changements dans les lois électorales.

Dans le même contexte, les répondants affirment avoir une meilleure perception du régime présidentiel en 1er lieu avec 73% ayant une bonne image de ce dernier et de la démocratie participative basée sur le renforcement de la participation des citoyens à la vie politique en 2ème lieu avec 69% de bonne perception.

En parlant de démocratie, bien que 75% s’estiment d’accord avec la phrase « la démocratie peut poser des problèmes mais ça reste la meilleure forme de gouverner », 72% autres déclarent qu’en démocratie rien n’avance et qu’il voudrait mieux moins de démocratie mais plus d’efficacité.

2.        Le rôle des partis politiques

85,5% des répondants jugent la performance des partis politiques négative et 69% autres déclarent que les citoyens n'ont plus besoin aujourd'hui des partis politiques pour exprimer leurs demandes. Ainsi comme déduction, 55% disent que les partis politiques ne sont plus nécessaires. Et 57% disent que ces partis politiques n’ont rien réalisé durant les 10 dernières années autre que l’enrichissement de la scène politique (5.3%).

Pour ce qui est de la question de la pluralité politique, 69,9% des répondants préféreraient avoir 2 pôles politiques majeurs au lieu de plusieurs partis.

3.        Confiance en les partis politiques

68% des répondants déclarent qu’ils n’ont pas confiance en les partis politiques. 66% autres estiment avoir perdu confiance en la scène politique depuis 2011. Cette perte de confiance résulte principalement des fausses promesses faites par la classe politique à l’ordre de 63% suivi d’un sentiment disant que les partis politiques œuvrent pour leurs intérêts personnels et non pas ceux du peuple avec 37% des votes ou encore à cause de la détérioration de la situation économique (31%).

On note en mesurant la confiance des Tunisiens en les institutions politiques que celle-ci diffère d’une institution à une autre, avec le taux de confiance le plus élevé envers le président de la République avec 84% suivi de la société civile avec 76% et les taux de confiance les plus bas envers les partis politiques avec 24% et l’ARP avec 27%.

En comparant les sentiments des Tunisiens envers la scène politique entre 2011 et 2020 on remarque, une montée évidente de la méfiance (qui passe de 24% à 44%), la peur (de 36% à 48%) et l’anxiété (34% à 51%) par rapport à 2011, simultanément, on remarque une baisse de l’espoir (de 44% à 32%), l’intérêt (de 20% à 9%) et l’enthousiasme.        

Les mesures à prendre par les partis politiques afin de regagner la confiance des Tunisiens selon les répondants sont le respect des promesses électorales en 1er lieu avec 44%, suivi de l’amélioration de la situation économique et sociale avec 34% et la proposition de réformes politiques avec 34%.

Quatre invités ont participé au panel à savoir la constitutionnaliste Pr. Salsabil Klibi qui a insisté sur l’urgence de la réforme du code électoral, M. Mohsen Marzouk, qui prône une rupture avec le passé et une refonte du système, M. Faouzi Abderhman qui a fait une lecture concernant le manque de projet des partis et le fait de penser uniquement aux intérêts politiques restreints plutôt qu’aux intérêts du pays et enfin le jeune M. Louai Chebbi qui a fait une comparaison avec les pratiques et les défis que rencontrent les démocraties en Europe et aux États-Unis, tout en insistant sur le rôle de plus en plus important du digital dans la politique de nos jours.

Tous ont évoqué :

  • les incohérences du régime politique actuel,
  • la refonte du système électoral en vigueur,
  • la paralysie des institutions
  • la nécessité de revoir le financement des partis

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Interlocuteur

Slim Jaoued

Slim Jaoued bild

Chargé de Programme pour la Tunisie

slim.jaoued@kas.de