« Touche pas à mon arbre »
"Quand le dernier arbre sera coupé, la dernière rivière empoisonnée, et le dernier poisson capturé, alors vous comprendrez que l'argent ne se mange pas."
Mesdames, Messieurs,
C’est avec cette citation du grand chef Sioux, Sitting Bull, que je veux introduire mes propos au sujet de notre nouvelle bande dessinée.
Cet appel lancinant du chef et homme médecine amérindien à l’intention des européens qui étaient venus piller les terres indiennes, cet appel pourrait être lancé aujourd’hui dans beaucoup de parties du monde, et également au Sénégal. Et il s’adresserait à tous les habitants du pays.
En effet, le Sénégal qui jadis fut peuplé des forêts certes sahéliennes, mais denses, est en train de se désertifier à un rythme vertigineux. Le Nord du Sénégal est déjà envahi par les sables du Sahara, les forêts encore existantes des régions de l’Est et du Sud sont réduites en charbon de bois et en bois de chauffe et personne ne crie gare. Certes, il y a des ONG et d’autres associations qui poussent des cris d’alarme, mais le quotidien difficile empêche les habitants sénégalais de les entendre ou de réagir.
Il faut réagir, et vite. Car la déforestation et la désertification ne sont pas seulement des problèmes d’experts. Même les villes sénégalaises se vident de leurs arbres, victimes de constructions, d’exploitation comme pâturage, bois de chauffe ou médicament. Mais l’homme ne peut pas (sur)vivre sans l’arbre.
Qui ne connaît pas le proverbe wolof qui dit: Nit nit ay garab am. Oui, l’homme est le remède de l’homme, cela est une vérité vécue dans ce Sénégal où la solidarité et la téranga sont pratiquées en dépit de toutes les difficultés matérielles et économiques. Mais je voulais attirer aujourd’hui l’attention sur la signification primaire, donc le sens propre du mot Garab : L’arbre, la plante. Si l’on utilise ce mot au sens figuré pour symboliser la valeur de l’homme pour l’homme, il faut aussi souligner et magnifier la valeur de l’arbre en tant que tel pour l’homme.
L’arbre est un être vivant. Il a peuplé la terre avant les hommes. Il a des vertus si nombreuses que nous ne pouvons pas prendre le loisir de les énumérer toutes. A titre d’exemple, l’arbre est notre maison en fournissant le bois de construction, il est notre nourriture en nous procurant ses feuilles et ses fruits, il est notre médicament car chaque plante a sa vertu médicinale.
Mais faisons abstraction de nos besoins matériels quotidiens. A la large échelle, l’arbre est le garant de la continuité de l’espèce humaine. Je n’exagère pas. Depuis des décennies, l’homme s’acharne avec une énergie inégalable à détruire les forêts pour construire des routes, des villes, des usines, faire des plantations. Nous coupons beaucoup et nous replantons peu ou pas du tout.
L’homme s’acharne à détruire la garantie de notre vie sur notre planète. Car sans les arbres, aucune vie n’est possible. L’arbre attire les averses – sans arbres, pas de pluie. Les racines de l’arbre retiennent l’eau dans le sol – sans arbres, la nappe phréatique se retirera toujours plus loin. L’arbre nous protège du soleil – sans arbre, le soleil va darder ses rayons sur nos paysages, provoquer l’érosion, la terre deviendra stérile. Aucune vie ne sera possible.
L’arbre purifie l’air et retient les gaz de carbone, les gaz à effet de serre. A mesure où l’air est pollué, l’arbre devient toujours plus utile. Avec la destruction des forêts, nous nous privons de ce purificateur d’air indispensable. L’air devient irrespirable et la conséquence à moyen terme est le réchauffement climatique dont nous constatons les effets désastreux tous les jours : la mer monte et détruit des cités, des éboulements engloutissent des villes, des tsunami dévastent des paysages entiers.
"Quand le dernier arbre sera coupé, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors vous comprendrez que l'argent ne se mange pas."
Cela ne peut pas arriver au Sénégal ? Regardez un peu vers le Nord, avec les dunes qui avancent, vers le Ferlo, où les sources ont tari depuis longtemps, vers le Sud, où les dernières forêts sont pillées sans cesse et sans répit. Regardez les villes où chaque mètre carré est sacrifié à la boulimie foncière, où il y a des quartiers sans arbre, sans verdure et où les enfants n’ont plus d’espace pour jouer, les vieux n’ont plus de place ombragée pour se retrouver.
"Comment peut-on acheter ou vendre le ciel ou la chaleur de la terre? Cette manière de penser nous est étrangère. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air ni le miroitement de l'eau, comment pouvez-vous nous les acheter?" (amérindien)
L’arbre est une garantie de la survie de la planète et de l’homme, mais aussi de la qualité de vie, de notre vie de tous les jours, ici et maintenant.
Les enfants sont les habitants de cette terre de demain. Il faut qu’ils s’éveillent et qu’ils prennent leur destin en main. Dans notre nouvelle Afrique citoyenne, ils prennent conscience de leur pouvoir, de leur pouvoir de changer le cours des choses. Nous espérons que beaucoup d’enfants et de jeunes vont prendre conscience de la valeur de l’arbre pour leur vie.
Il est indispensable de commencer très tôt l’éducation à la protection de l’environnement. Afrique Citoyenne « Touche pas à mon arbre ! » vise à sensibiliser les jeunes sur l’importance de l’arbre, élément vital et indispensable. pour l’homme. Elle veut mobiliser ses lecteurs en vue d’un engagement ferme pour la protection des arbres avant qu’il ne soit trop tard.
Cette nouvelle Afrique Citoyenne, nous le souhaitons, sera peut-être le début d’une éducation environnementale dans les écoles où les enfants apprendront tous les éléments leur permettant de s’engager pour préserver les ressources naturelles, la nature, l’environnement et l’arbre comme centre et symbole de la cohabitation entre l’homme et la nature.
Dans ce sens, je vous souhaite une bonne lecture.
Dr. Ute Gierczynski-Bocandé, Adj. au Représentant Résident FKA