Présentations & compte-rendus

Situation religieuse post-transitoire en Tunisie

Workshop afin d'évaluer l'évolution de la situation religieuse en Tunisie depuis 2011

Le workshop organisé le 06 mai 2017 par la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) et l’Observatoire Arabe des Religions sur le thème « La situation religieuse post-transition en Tunisie » s’inscrit dans la lignée des rencontres conçues pour scruter les stratégies des acteurs politiques et sociaux dans le domaine religieux.

Le workshop a commencé par l'intervention de M. Tahar Bousemma, gouverneur de Kairouan à l’ère de Bourguiba, qui a donné un aperçu sur la situation reliqueuse sous le premier président de la Tunisie, Habib Bourguiba. Selon lui, la question est de savoir si la complexification du sujet religieux aujourd'hui permet toujours d'envisager des gestion « pragmatiques » du même genre.

Par la suite, le workshop s’adressera aux partis politiques, particulièrement aux partis majoritaires : Nida Tounes et Nahda.

Nida Tounes a été représenté par cheikh Férid Béji, chargé de définir la nouvelle politique religieuse du parti.

Nida semble avoir opté pour une personnalité religieuse médiatique pour renforcer son image de parti fidèle à une religiosité « zaytounienne » et modérée. Dans sa parole, Béji voudrait donner de la parti une image qui prolongerait la tradition bourguibienne, en défendant un islam tunisien et rénovateur, contestant l’islamisme en tant que religiosité « exportée » et incompatible avec l’esprit et les traditions des Tunisiens. Il entend par là ne pas laisser la religion instrumentalisée contre lui par ses adversaires politiques, quitte à prendre une certaine distance avec des positions plus « laïques » exprimés lors de la compagne électorale de 2015. Le bourguibisme, qui constitue la référence de ce parti, s’il a toujours été accusé par l’islamisme d’animosité envers la religion, ne constitue pas moins, au vues de ses partisans mais aussi pour plusieurs chercheurs sur l’histoire religieuse de la Tunisie contemporaine, un pragmatisme dans la gestion du religieux.

Le parti Nahda a été représenté par M. Mohamed Goumani, membre de son bureau politique, figure islamiste des années 80 qui a quitté le parti pour le rejoindre lors de son dernier congrès. Son retour est un signe d’ouverture de Nahda à des thèses plus libérales, M. Goumani étant un ancien membre directeur de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et écrivain connu pour ses positions critiques de l’islamisme.

Nahda semble espérer, dans le sens inverse, se détacher de son image historique de parti « religieux » lié à l’idéologie islamiste. Si la ligne du parti demeure encore peu cohérente, force est de constater que son dernier congrès avait annoncé une séparation « fonctionnelle » entre l’action politique et l’action religieuse ainsi que l’abandon de la charte religieuse héritée par le parti de sa phase antérieure (MTI, mouvement de tendance islamique). Beaucoup d’éclaircissement reste à apporter pour bien définir le sens de la séparation annoncée.

L’échange tenu lors de ce workshop entre les deux intervenants déjà cité donne une idée claire sur les stratégies des partis majoritaires, mais il est nécessaire de continuer à suivre de près l’évolution de la situation religieuse, pour pouvoir juger de l’impact réel de ces stratégies, et distinguer les discours de principes liés à des intérêts purement électoralistes des actions visant à solutionner les problèmes posés.

Observons à cet égard que Nida avait présenté dans son programme électoral de 2014 des propositions qu’il n’a pas concrétisées après son arrivées au pouvoir et que le dernier congrès de Nahda n’a pas non plus clarifié définitivement les positions officielles du parti sur le rapport entre l’Etat et la religion.

C’est en raison de ce flou politique que le présent workshop a sollicité l’intervention d’acteur de la société civile et des mosquées dans la deuxième session. A partir des témoignages recueillis, on serait tenté de conclure que la situation religieuse s’est nettement calmée mais les problèmes de fond demeurent encore suspendus. D’où la menace persistante de resurgissement de violence verbales ou matérielles liées à la religion en cas de crise économique ou sociale dans le pays ou suite à des influences extérieures (Libye).

La troisième session a été consacrée à l’intervention de cinq académiciens de disciplines différentes (Khalil Zamiti, Professeur universitaire en sociologie, Zahia Jouirou, Professeur universitaire en civilisation arabe, Hichem Massoudi, Professeur universitaire en philosophie, Slaheddine Amri, Professeur universitaire en civilisation islamique, Mounira Rezgui, Docteur en sociologie et journaliste) pour approfondir la réflexion sur le rapport entre la religion et l’Etat qui se veut « à caractère civil » selon l’article II de la nouvelle Constitution tunisienne.

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