Présentations & compte-rendus

Relance économique : entre mesures d'urgence et réformes structurelles

La situation économique de la Tunisie connait de plus en plus de difficultés, malgré les quelques réformes engagées par les différents gouvernements, la situation semble ne pas avancer. Face aux revendications sociales et aux exigences des bailleurs de fonds internationaux, le gouvernement se trouve à la fois entrain de gérer l’urgence mais aussi tracer les grandes réformes de fonds, avec comme objectif majeur, la relance de l’investissement et de la création d’emploi.

Le climat des affaires a besoin d’une multitude de réformes structurelles qui s’inscrivent dans un programme à long terme donnant lieu à un nouveau modèle économique orienté vers une croissance à deux chiffres et un chômage moins important. Or les fruits de ces réformes ne peuvent être visibles rapidement, de ce fait, des mesures d’urgences sont indispensables pour pallier aux obstacles de la bureaucratie, de la lourdeur des procédures administratives, et ce, afin de contourner les blocages surtout au niveau des grands projets d’infrastructures et des nouveaux investissements.

Ce petit déjeuner débat portant sur la thématique : « Relance économique : entre mesures d'urgence et réformes structurelles » était une occasion pour présenter et débattre les différentes lois et réformes proposés actuellement au niveau du gouvernement et de l’assemblée des représentants du peuple.

La rencontre a débuté par une présentation par Wafa Laamiri, présidente du CJD, des résultats d’une enquête interne, réalisée auprès des adhérents du CJD, sur le climat des affaires et sur les réformes entreprises par le gouvernement, qui a donné les résultats suivants :

Avez-vous une idée sur les réformes entreprises par le gouvernement actuel:

Oui j’ai une idée précise : 30,3%

Oui j’ai une vague idée : 53%

Non aucune idée : 16,7%

Comment vous jugez le rythme des réformes?

Excellent : 0%

Bon : 6%

Moyen : 21,2%

Lent : 47%

Très lent : 25,8%

Qu’est ce qui entrave la relance économique selon vous?

Adoption des lois au niveau de l'ARP, les textes et décrets d’applications : 12,1%

La lourdeur des procédures administratives : 50%

Le climat de confiance ou d’affaires en général : 34,8%

La pénurie des fonds : 3,1%

Etes-vous confiant sur la reprise de l'économie à moyen terme:

Très confiant : 1,4%

Confiant : 37,9%

Peu confiant : 45,5%

Pas du tout confiant : 15,2%

Le panel de discussion a été animé par le jounaliste Anis Morai qui a présenté la thématique et a résumé le parcours qu’a connu le projet de loi d’urgence économique entre sa première et dernière version, puis a entamé le panel en donnant la parole aux différents intervenants invités.

Eymen Raies, conseiller auprès du Ministre du Développement, de l'Investissement et de la Coopération Internationale, a indiqué qu’il y a deux volets concernant le projet de loi d’urgence économique, le volet marché public, un projet prend en moyenne deux ans pour entamer la réalisation effective du projet. L’idée est donc de créer une commission pour accélérer les projets et assurer une bonne exécution des marchés publics. Le deuxième volet est celui des projets privés, ou la Tunisie face à ses concurrents encaisse beaucoup de retard dans l’octroi des autorisations d’investissement privé et ou les délais sont très longs (18 mois). Cette loi d’urgence donnera la main à un comité de suivi qui aura un rôle pour accélérer le rythme d’investissement avec un contrôle à posteriori.

Hakim Ben Hammouda,´économiste et ancien ministre de l'Economie et des Finances, a indiqué quant à lui qu’il y a un déficit d’exécution de projet de réforme, ayant fait partie du gouvernement de M. Mehdi Joma, il a indiqué que son ministère a préparé plusieurs réformes depuis 2014 qui ne sont pas encore mis en place. Il a indiqué aussi que les lois seulement ne relance pas l’économie et qu’il faudrait une vision à long terme avec des grands projets portés par l’Etat. Selon lui, le gouvernement doit agir, même en absence de cette loi et qu’il ne faut pas qu’elle soit un préalable à la relance économique.

Mohamed Fadhel Ben Omrane, député et membre de la commission de Finance à l’ARP, a déclaré que la première version de la loi déposée par le gouvernement ne définit pas l’urgence économique comme concept, le projet ne contentait que des mesures d’accélération des procédures d’octroi des marchés publics et celle des concessions des entreprises et administrations publiques.

A partir de là, si la question ne concerne que l’accélération des procédures, il n’est nul besoin d’une loi, il faut dans ce cas réformer les procédures en elle-même. En ce qui concerne le volet des projets privés, la loi de l’investissement vient d’entrer en vigueur et elle est suffisante pour débloquer la situation. Il a rappelé que l’ARP a voté plusieurs lois et réformes sur le volet économique qui permettent au gouvernement d’accélérer le rythme de l’investissement et des projets publics.

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