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Titre unique

La société sénégalaise entre mutations et résistances

La lettre du Citoyen Février 2010

La nouvelle publication du Mouvement Citoyen et de la Fondation Konrad Adenauer, la lettre du Citoyen, s'intitule "La société sénégalaise entre mutations et résistances". Déjà le titre suscité des réflexions sur des thèmes d'actualité de la société tout en insistant sur la place des valeurs dans le comportement des jeunes et dans l'évolution de la société.

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Avant propos de la Lettre du Citoyen sur

La société sénégalaise entre mutations et résistances

De Mme Ute G Bocandé, Adj. Au Représentant Résident chargée de programmes de la Fondation Konrad Adenauer

La Lettre du Citoyen porte le titre « Une société entre mutations et résistances » - n’est-ce pas une caractéristique de toute société ? En effet, toute communauté de personnes évolue, est soumise aux influences extérieures et aux mutations intrinsèques. Cependant, en cette période d’une mondialisation accélérée, où le mot de clef « globalisation » constitue une sorte de passe partout et une explication à tout changement, qu’il soit positif ou négatif, il convient de réfléchir sur les valeurs qui forment le soubassement social et spirituel de la société sénégalaise et d’analyser les changements de comportement et de conduite des individus et des groupes en société, en tenant compte des paramètres psychologiques et sociologiques.

La Fondation Konrad Adenauer se félicite de sa coopération avec le Mouvement Citoyen et particulièrement de cette nouvelle Lettre du Citoyen composée d’analyses pertinentes élaborées par les jeunes chercheurs et scientifiques. Tous ont constaté une crise de valeurs au Sénégal et se sont attelés à en déceler les causes et les conséquences, dans les domaines aussi divers que la vie de couple et de famille, la situation de l’enfant, les abus sexuels sur mineurs et le viol, la dépigmentation artificielle, donc des secteurs de la vie particulièrement sensibles aux mutations sociales. Nous remercions les rédacteurs, les encadreurs et le rédacteur invité, M. Cheikh Hamidou Kane, qui a jeté un regard critique et en même temps plein d’espoir sur la société sénégalaise actuelle.

Les valeurs principales d’une société constituent tout d’abord le ciment de la famille : le respect de l’autre, la solidarité, l’équité, la responsabilité, et bien sûr l’amour. Ces mêmes valeurs sont également le soubassement moral de chaque société qui se veut démocratique.

A ce propos, citons le Cardinal Martino, président du conseil pontifical Justice et Paix, qui s’est exprimé en Angola, en mars 2005 : « Une authentique démocratie n’est pas seulement le résultat d’un respect formel des règles, mais c’est le fruit d’une acceptation convaincue des valeurs qui inspirent les procédures démocratiques : la dignité de toute personne humaine, le respect des droits de l’homme, l’assomption du bien commun comme fin et critère régulateurs de la vie politique ». Les sociétés modernes courent le risque, expliquait le cardinal Martino, de « considérer comme qualifiant la démocratie des aspects qui, en réalité, sont plutôt des conséquences de la crise morale et institutionnelle, qui traverse les démocraties historiques : L’individualisme absolu, le matérialisme, l’hédonisme, l’indifférentisme éthique. »

Les rédacteurs de la lettre du Citoyen sur « La société sénégalaise entre mutations et résistances » se sont penchés sur cette crise morale et institutionnelle que traverse le Sénégal, à l’instar de beaucoup d’autres pays en Afrique et dans le monde.

En effet, la mondialisation des relations entre les pays et la globalisation de schémas de comportement et de structures de pensées provoquent une insécurité psychologique souvent sous estimée. Des mouvements de repli identitaire d’orientation religieuse, ethnique, linguistique, géographiques et culturels peut résulter une fixation sur des comportements dits traditionnels, conservés à tout prix pour éviter une libéralisation comportementale ressentie comme dangereuse.

D’un autre côté, la vie dans les villes, dans des contextes sociaux nouveaux, incite à un certain relâchement de mœurs, étant donné que le contrôle social ne joue plus son rôle. Souvent l’individualisme prime sur l’intérêt du groupe et de la communauté, la notion du bien commun perd son sens dans la mesure où la corruption et d’autres comportements qui mettent en danger la cohésion de la société sont devenus monnaie courante.

L’éducation des enfants se limite parfois à un « service minimum » : nourriture, logement, instruction scolaire et … télévision – constat fait par nombre d’enseignants qui reprochent aux parents d’avoir « démissionné » de leur tâche primaire d’éducateur, la télévision et les jeux et appareils électroniques occupant toute la place qui jadis était remplie par les différents mécanismes d’éducation par les parents.

Les rédacteurs de notre actuelle édition de la Lettre du Citoyen ont analysé ces dérives sous tous les angles, notamment les causes et répercussions de la crise des valeurs sur la vie des couples, sur la vie de la famille qui est le fondement de toute société. De l’érotisation du regard dans la société jusqu’aux abus sexuels sur mineurs et au viol, nous suivons les conséquences extrêmement graves de cet abandon des valeurs cardinales de la famille, de la vie en commun. Les jeunes chercheurs et scientifiques ont également étudié des effets visibles et moins visibles d’une société qui se cherche : la féminisation de l’infécondité comme conséquence du stress permanent qui pèse surtout sur les femmes, la dépigmentation artificielle de la peau en tant que phénomène socio culturel identitaire très nuisible à la santé. La situation de l’enfant n’a pas été oubliée dans un article sur le problème des enfants de la rue qui rendent à l’évidence une société qui ne tient plus compte des valeurs fondamentales de solidarité et de responsabilité.

Le répertoire des analyses de la société a été enrichi par l’importante contribution de l’écrivain et l’homme d’état Cheikh Hamidou Kane qui a tenu à partager avec le lecteur ses riches expériences tout le long de son parcours politique et littéraire en réfléchissant sur l’évolution des valeurs politiques et sociétales du Sénégal depuis trois siècles. Un examen de conscience s’avère nécessaire – cette suggestion tombera sûrement en terreau fertile.

La crise des valeurs est certes universelle, cependant, les nombreuses ruptures entre tradition et modernité, entre mode de vie séculaire plutôt sécurisant dans l’espace rural et modes de vie multiples et souvent décousus dans l’espace urbain ont provoqué au Sénégal un accroissement de problèmes dans la société. Le mérite de nos jeunes chercheurs consiste à exposer ces problèmes et à proposer dans le même temps des pistes de réflexion pour leur solution.

La Fondation Konrad Adenauer félicite le Mouvement Citoyen et particulièrement l’engagement des jeunes scientifiques rédacteurs de cette Lettre du Citoyen. Que leurs travaux continuent à poser des problèmes, à évoquer des débats et á inciter les décideurs, à tous les niveaux de la société, à réagir et à agir. Que les lecteurs se sentent interpelés et se décident à jouer leur rôle dans la partition d’un Sénégal démocratique, d’un pays moderne aux racines séculaires. Pour paraphraser Senghor, l’enracinement et l’ouverture sont à la base de la société sénégalaise du 21 ème siècle.

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