Veranstaltungsberichte

Forum annuel de Dialogue de religions

La présente édition du Forum annuel de Dialogue de religions de Tunis a été consacrée à l’éducation en rapport au phénomène de la radicalisation. Pour faire face à ce phénomène, on peut prévoir deux types d’action : la prévention ou la sanction. Il est certain qu’il n’y a pas mieux que l’éducation pour servir le premier objectif. Cependant, l’éducation subit elle-même beaucoup de pressions, autant au niveau des conceptions que des financements. C’est ce qui légitime une association de deux thèmes et une réflexion simultanée sur l’éducation et la radicalisation.

Des lectures de la situation tunisienne en matière d’éducation ont été données en début du Forum pour servir de référence pratique à ses réflexions. Pr. Hassan Annabi (ancien secrétaire d’Etat à l’Education), Pr. Manoubia Ben Ghedahem (Syndicat de l’Enseignement supérieur) et M. Zied Krichen (Rédacteur en chef du quotidien Maghreb) ont exposé, chacun selon son point de vue, les points forts et les points faibles du système éducatif et les défis que pose la radicalisation pour l’ensemble du système.

Malgré les différences des angles d’analyse, il s’avère que, abstraction faite du défi de la radicalisation, le système éducatif souffre de lacunes profondes dont il faudrait solutionner le plus rapidement pour que l’éducation puisse être en mesure de participer à la lutte contre la radicalisation.

L’Ambassadeur Jacques Huntzinger (Collège des Bernardins- France) et Pr. Bernard Thum (Universitaire, Président de la Fondation Espace du savoir Europe-Méditerranée WEM- Allemagne) ont synthétisé leurs longues expériences sur ce thème. M. Huntzinger a proposé de rédiger des manuels d’histoire en commun, à l’instar de celui déjà élaboré dans les cadre des ateliers de la Méditerranée (La Méditerranée, une histoire à partager. Paru Chez Fayard) ou des manuels franco-allemands d’histoire. M. Thum a appelé à considérer toutes les cultures comme étant des oeuvres humaines et en tirer les conséquences.

Pr. Chérif Ferjani (Professeur émérite- France) a exposé certaines expériences françaises menées dans le cadre de l’enseignement public, à l’instar des chaires d’histoire de religions, entamées depuis 1880, non sans réticences et complications. Il a transmis aux participants les recommandations des Assises de la Laïcité, organisées en octobre 2016, notamment celle appelant à décloisonner les savoirs et encourager les approches multidisciplinaires. Dr. Zeina el Mir (CISH- Liban) a présenté les activités du Centre international de sciences humaines au Liban, travaillant en collaboration avec l’UNESCO. Parmi ces activités, on retiendra les universités d’automne, les cercles de réflexion et les sessions de formation. Toutes les activités sont ouvertes à des jeunes et à des étudiants de différentes confessions.

Pr. Joseph Maalouf (Universitaire- Liban) a évoqué le problème de la langue et partagé avec les participants ses réflexions sur ce thème. Il a en outre emprunté à Amin Malouf le principe de la primauté de la culture et à Luc Ferry celui de devoir vaincre les peurs, pour montrer combien il est primordial aujourd’hui de s’ouvrir à la mondialisation sans tomber dans le piège de l’uniformité.

Pr. Moez Khalfaoui (Universitaire, Allemagne) a présenté la toute fraiche expérience allemande d’ouvrir des facultés de théologie musulmane, notamment à Tübingen où il enseigne, appelant à des approches pragmatiques et affirmant sa conviction que l’Europe pourrait constituer l’espace de la réforme musulmane, car elle permet à des musulmans venus de tout horizon de vivre ensemble dans une atmosphère de liberté et de modernité. Il a exposé une « nouvelle méthode d’enseigner la théologie musulmane en Europe » qui a été expérimenté dans son université.

Dr. Mohamed Sghir Janjar (Directeur de la Fondation Roi Abdulaziz- Maroc) a donné une intervention fortement remarquée dans laquelle il a proposé la notion de « banal radicalisation », estimant que l’éducation a pour tâche prioritaire de traiter ce genre de radicalité qui sous-tend la radicalité violente.

Pr. Driss Lagrini (Universitaire, Maroc) a développé une analyse des menaces internationales actuelles et l’avenir du dialogue entre les civilisations. Il s’est montré optimiste quant à la capacité des civilisations à faire face aux défis mondialisés qui ne peuvent être solutionnés unilatéralement, à l’instar du terrorisme, mais aussi de la pollution ou des maladies virales. Dr. Chiara Galbersanini (RESET- Dialogue de civilisations- Italie) a analyse l’impact des migrations sur la cohésion sociale en Europe et le difficile équilibre de protéger l’identité culturelle et religieuse sans entraver cette cohésion.

Une séance spéciale a été consacrée pour honorer Pr. Fareh Messerhi (Algérie), Récipiendaire du Prix Mohamed Arkoun pour la Paix en 2016. Il a présenté son travail qui lui a valu cette distinction: L’humanisme comme perspective du vivre ensemble et moyen de dépassement de la violence, à travers l’œuvre de Mohamed Arkoun. Suite à son intervention, une table ronde a été consacrée pour discuter des moyens de vulgariser les sciences humaines et sociales.

Les participants au Forum ont retenu les recommandations suivantes :

- Publier les actes de la présente édition ;

- Coordonner les actions et les initiatives sur les thèmes et les préoccupations en commun ;

- S’engager dans les réflexions pédagogiques en cours dans les deux rives : au nord, sur l’enseignement de l’islam et l’interculturel, et au sud sur l’enseignement de l’histoire en général, et l’histoire de religions en particulier.

- Elaborer une documentation sur les corpus pédagogiques des différents pays de la Méditerranée, notamment ceux qui ont entamé des réformes de fond : Maroc, Tunisie, Liban, etc.

- Elaboration d’un lexique de termes « sensibles » qui prêtent aux confusions et aux conflits ;

- Elaboration d’un recueil de textes mettant en exergue la diversité au sein de l’Islam.