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Le rôle de l’éducation et de la jeunesse dans la relation franco-allemande

von Romane Esmingeaud

Boursière "BoursEngagement" de la représentation de la Konrad-Adenauer-Stiftung en France

Romane a participé à un échange Brigitte Sauzay il y a huit ans et considère que c’est une expérience qui a changé sa vie. Elle a aujourd’hui 22 ans et étudie les relations européennes. Elle est aussi Jeune Ambassadrice OFAJ depuis deux ans et s’engage pour promouvoir la mobilité des jeunes en Europe, en particulier entre la France et l’Allemagne, et pour développer l’engagement citoyen des jeunes en général.

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Romane Esmingeaud
Romane Esmingeaud

Cet article est le fruit d'une réflexion personnelle de l'auteur qui ne reflète pas nécessairement les opinions de la Konrad-Adenauer-Stiftung. 

 

 

Je sais par expérience personnelle à quel point des dispositifs à l’intention de la jeunesse et dans l’éducation peuvent faire naître passion et engagement pour une cause, en l’occurrence le franco-allemand. Je me propose dans cet article de faire un panorama de ces dispositifs dans le franco-allemand et de m’interroger sur leur avenir dans le contexte des 60 ans du Traité de l’Elysée. Ce sont des ressources dans lesquelles il est crucial d’investir pour renforcer la relation franco-allemande et aussi tout simplement pour créer les futurs acteurs de cette relation.

Le Traité de l’Elysée, traité de l’amitié franco-allemande signé le 22 janvier 1963 par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, contient l’intuition que la jeunesse est le socle sur lequel bâtir une relation franco-allemande solide pour les futures décennies. Il prévoit ainsi le développement de l’apprentissage de l’allemand en France et du français en Allemagne et est très rapidement suivi, le 5 juillet 1963, par la création de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ), qui a permis, au cours des 60 dernières années, à près de 9,5 millions de jeunes (dont moi) de participer à un programme d’échange.

 

            Zoom sur les dispositifs d’éducation et pour la jeunesse…

            Pour commencer, la promotion de l’apprentissage de la langue partenaire à l’école se fait par la création de programmes éducatifs spécifiques. En France, classes bilangues, bilingues et sections européennes fleurissent dans toutes les académies. Il est possible de commencer l’allemand en même temps que l’anglais et même de le choisir en première langue. De par la qualité de ces programmes et la réputation de la langue de Goethe – Sprache der Denker und Dichter – l’allemand acquiert une place spéciale dans l’imaginaire éducatif et attire notamment tous les bons élèves. Les régions frontalières, où apprendre l’allemand est particulièrement pertinent, sont celles où l’on trouve le plus de dispositifs linguistiques et ce dès les petites classes. Dans les années 1990, l’étape suivante est franchie avec la création de cursus communs : il est désormais possible de passer un bac franco-allemand, l’AbiBac, et de faire des études universitaires franco-allemandes grâce à l’Université Franco-Allemande.

            Du côté de l’OFAJ, la mobilité n’est pas en reste. Partir en immersion dans le pays partenaire est d’ailleurs le meilleur moyen pour apprendre une langue. L’OFAJ soutient des échanges et des rencontres organisées par des associations, et développe également ses propres programmes de mobilité : échange Brigitte Sauzay (pour partir 2 ou 3 mois), échange Voltaire (6 mois), Volontariat Franco-Allemand (10 à 12 mois), subventions pour partir en stage ou travailler dans l’autre pays… De 3 à 30 ans, tout le monde peut y trouver son compte et personne n’a besoin d’être complètement bilingue !

 

            …qui ont du mal à attirer un large public

            Cependant, tous ces dispositifs ont du mal à séduire les jeunes. L’enseignement de l’allemand subit depuis une vingtaine d’années une crise alimentée par la baisse constante des effectifs de professeurs et d’élèves et accentuée par la fermeture des classes spéciales. L’Association pour le Développement de l’Enseignement de l’Allemand en France alerte régulièrement sur cette baisse : la proportion d’élèves apprenant l’allemand est passée de 22,9% à 14,7% dans l’enseignement secondaire et de 18,6% à 3,8% dans l’enseignement primaire entre 2001 et 2021[1]. Cela est dû à l’image de l’allemand, considéré comme une langue trop complexe, et le peu d’attirance envers les jeunes qu’exerce l’Allemagne n’aide en rien. Quand je vais dans les écoles et les salons pour présenter les programmes de l’OFAJ, je me rends bien compte qu’il y a cette barrière. On me dit : « Mais qui a envie d’aller en Allemagne ? » ou « Moi je parle pas allemand, et puis j’y connais rien. ». Finalement, ce sont toujours les mêmes qui vont vers l’allemand et qui bénéficient de ces programmes. Dans ces conditions, il est difficile de démocratiser la relation franco-allemande pour l’asseoir sur une base plus solide…

            Il y a cependant urgence à rectifier cette tendance car l’Allemagne, avec plus de 3 000 entreprises implantées sur notre sol qui génèrent plus de 325 000 emplois[2], est le premier partenaire économique de la France. La maîtrise de l’allemand est une compétence très recherchée par les recruteurs et il n’est donc pas souhaitable que son enseignement disparaisse des écoles, ne serait-ce que pour des raisons économiques. J’en vois en outre une autre qui est qu’entre aucun autre pays que la France et l’Allemagne il n’existe autant de dispositifs pour la société civile et la jeunesse. Le rapprochement historique qui a eu lieu suite au Traité de l’Elysée a en effet contribué à créer des opportunités très attractives, qui ouvrent beaucoup de portes et suscitent un engagement pour l’avenir.

 

            Une jeunesse engagée hier, aujourd’hui et demain

            En entrant dans ce milieu du franco-allemand, j’ai non seulement découvert une culture et un pays voisin accueillant que j’adore explorer, mais aussi tout un cosmos de gens et de jeunes engagés et dynamiques qui touche à absolument tous les domaines et s’élargit aux autres pays européens. L’OFAJ, qui est la plaque tournante pour beaucoup de programmes franco-allemands, laisse une place importante à l’engagement des jeunes pour faire vivre ce monde franco-allemand. De par nos mobilités, les projets que nous organisons et les gens à qui nous en parlons, nous nous faisons d’une certaine façon – culturelle et qui touche véritablement au cœur des sociétés civiles – acteurs de la relation franco-allemande. Je pense sincèrement qu’avoir une expérience interculturelle est une des choses les plus enrichissantes et épanouissantes qu’on puisse faire en étant jeune, et le cadre franco-allemand, grâce à tous les dispositifs développés depuis le Traité de l’Elysée, s’y prête particulièrement bien.

 

Dans le cadre des 60 ans de ce Traité, il faut continuer de promouvoir et d’investir dans des programmes à l’intention de la jeunesse pour que plus de jeunes trouvent cette porte d’entrée, s’engagent et construisent le futur de la relation franco-allemande en Europe. Il est également important de plus souvent laisser la parole aux jeunes afin qu’ils puissent contribuer plus directement aux décisions politiques dans un contexte de désintérêt pour la chose publique. Ainsi, pourquoi ne pas créer, dans les pas de l’Assemblée parlementaire franco-allemande qui existe depuis 2018, un Parlement franco-allemand de la jeunesse ? Ce genre d’initiatives a déjà vu le jour dans plusieurs localités (à Paris ou en région PACA par exemple) et même à un niveau transnational au sein de l’Organisation Mondiale de la Francophonie avec les Parlements nationaux des jeunes. Elles permettent de faire se rencontrer des jeunes de différents milieux pour débattre de la mise en place de politiques publiques et transmettre leurs décisions aux assemblées parlementaires traditionnelles, qui doivent les prendre en compte. Ce sont de véritables laboratoires de la démocratie et de l’innovation démocratique, une manière de promouvoir l’engagement et la participation à la vie civique, et un tel Parlement franco-allemand de la jeunesse contribuerait sans doute très positivement à la célébration de la relation franco-allemande en janvier prochain, ainsi qu’à son avenir.

 

 

[1] Thérèse CLERC, « Les chiffres élèves de l’allemand à la rentrée 2021 », ADEAF, 27 août 2022. https://adeaf.net/Les-chiffres-eleves-de-l-allemand-a-la-rentree-2021

[2] Brigitte BAROUKY, « Les entreprises allemandes en France : situation économique, perceptions et perspectives 2022-2026 », EY, 11 octobre 2022. https://www.ey.com/fr_fr/news/2022/10/entreprises-allemandes-en-france-bilan-et-perspectives

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