Working Paper

Le positionnement stratégique de la Tunisie

by Olfa Béji

Réfléchir sur l’évolution de l’environnement régional et international et l’indispensable repositionnement stratégique de la Tunisie.

Réfléchir sur l’évolution de l’environnement régional et international et l’indispensable repositionnement stratégique de la Tunisie pour mieux servir ses intérêts économiques et politiques et consolider sa transition politique, tels sont les sujets de base discutés lors des journées de réflexions tenues à Tunis les 15, 16 et 17 novembre 2022.
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L'initiative revient au Conseil Tunisien des Relations Internationales(CTRI) en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer (KAS) qui, pour une première édition inaugurale, ont prévillégié un format "conférence-débat". Des membres du CTRI, des académiciens, des diplomates, des journalistes, des hommes d’affaires et des anciens militaires ainsi que des étudiants chercheurs, tous exerçant ou ayant exercé dans le domaine des relations internationales ont participé à la consolidation de 4 panels principaux: géopolitique, géoéconomique, géo-énergétique et  sécuritaire.

Les enjeux géopolitiques

Modérateur : M. Radhi MEDDEB
Panélistes : M. Ahmed OUNAIES, M. Hakim KAROUI, Mme Sophie BESSIS, Prof.  Karim BEN KAHLA, Prof. Hajer GUELDICHE, M. Abdessalem BEN AYED

La Tunisie n’a pas réussi à capitaliser suffisamment sur le rayonnement international que la révolution a engendré et a enregistré une dégradation progressive de ses équilibres économiques et financiers, accentuant ainsi sa dépendance à l’égard de ses partenaires et voisins.

Longtemps cultivé sous le régime de Bourguiba, le rôle diplomatique de la Tunisie en tant qu’appoint au développement économique du pays, s’essouffle, faisant craindre un isolement et un retard de développement comparé à d’autres nations.

La détermination de la position géopolitique de la Tunisie porte sur trois axes stratégiques principaux :

Le premier est la région du Maghreb. Selon les panélistes, l’échec des tentatives d’intégration maghrébine et le coût du non-Maghreb impose une redéfinition réaliste et pragmatique de cet espace économique et culturel .

Il est aussi impératif de s’interroger sur le pôle auquel la Tunisie devra s’attacher. Bien qu’elle ait su développer une alliance forte avec le camp occidental, la Tunisie devrait aujourd’hui réfléchir à rééquilibrer ses choix dans un contexte mondial radicalement différent de celui de la guerre froide.

Membre fondateur de l’Organisation de l’Unité Africaine et acteur important sur le continent au cours des premières décennies de l’indépendance, la Tunisie semble avoir négligé cet espace stratégique. La faiblesse de la représentation diplomatique dans le continent et l’absence de projets majeurs de partenariat avec les pays africains illustrent ce recul de la dimension africaine de la diplomatie tunisienne.

Les panélistes ont souligné l’émergence de l’Asie en tant que pôle essentiel sur l’échiquier mondial et la nécessité pour la Tunisie de l’intégrer dans sa quête de repositionnement.

Le contexte Géoéconomique

Modérateur : M. Mustapha Kamel NABLI
Speakers: M. Afif CHELBI, M. Mondher GARGOURI, M. Jalloul AYED, M. Ahmed EL KARAM, M. Faouzi ELLOUMI, M. Salah HANNACHI

Face à la complexité grandissante de l’environnement international et à l’accentuation de la compétition entre les nations, les panélistes ont souligné la nécessité pour la Tunisie d’affirmer une vision stratégique à long terme prenant en compte les mutations actuelles et les défis à venir, qu’ils soient d’ordre interne ou externe.

A l’échelle nationale, les freins au développement ont été au centre de la réflexion et l’omniprésence de l’Etat a été particulièrement soulignée, à côté de l’inefficience du « contrat social » défini depuis les années soixante et de l’absence d’une réelle politique de développement régional.

L’investissement direct étranger (IDE) et l’exportation ont été identifiés comme moteurs essentiels de la croissance en Tunisie pour les décennies à venir. Les législations actuelles en matière d’encouragement aux IDE sont obsolètes et nécessitent une refonte en profondeur. Quant aux exportations, le marché européen continue d’offrir un potentiel important pas encore convenablement exploité par les opérateurs tunisiens.

Tout en préservant son partenariat stratégique avec l’Union Européenne (premier marché-export), la Tunisie est tenue - par le biais de la diplomatie économique - d’élargir sa sphère commerciale et de conquérir d’autres marchés à fort potentiel de croissance, particulièrement en Asie et en Afrique.

Quid à l' Energie, l'Eau et le Climat

Modératrice : Mme. Amel MAKHLOUF
Panelistes: M. Khaled KADDOUR. M. Mohamed ENNABLI, M. Mustapha HADDAD, M. Néjib OSMAN.

Les questions d’énergie, d’eau et de climat préoccupent l’humanité plus que jamais. De l’avis unanime des panélistes, elles se posent avec acuité pour la Tunisie et constituent un des fondements de toute réflexion sur son positionnement stratégique. La Tunisie devra faire face aux conséquences du changement climatique. L’eau et les nouvelles formes d’énergie seront déterminantes pour un développement durable. La transition écologique et énergétique nécessite tout autant une vision de la position de la Tunisie qu’une stratégie et une gouvernance basées sur la situation en interne et en externe.

Face à une sécurité énergétique de plus en plus menacée et un doublement du déficit énergétique durant des dix dernières années, une vision stratégique et une volonté politique forte sont nécessaires pour opérer les transitions énergétiques qui s’imposent, particulièrement basées sur les énergies propres et renouvelables.

Avec les changements climatiques, la question de l’eau et du déficit hydrique croissant est également préoccupante. Se situant dans une « Zone Aride », la Tunisie est directement impactée par ces changements croissants qui risquent de mener à une demande en eau supérieure à l’offre à l’horizon 2030. La gestion de l’eau est un acte politique majeur, car nécessitant une vision claire et ambitieuse ainsi qu’une stratégie proactive et une gestion intégrée de la ressource en eau : gestion de la demande, recyclage de l’eau, maitrise des fuites, mobilisation des crues.

Panel 4 - Sécurité

Modérateur : M. Moncef BAATI
Panelistes: Colonel Major Mahmoud MEZOUGHI. Colonel Major Moncer AMRI, M. Nabil SMIDA.

Dans un monde marqué par la multiplicité croissante des menaces et l’interaction entre plusieurs registres (sanitaire, économique, sécuritaire, etc.), les panélistes ont souligné l’impératif pour la Tunisie de repenser sa stratégie sécuritaire. Le pays devra se positionner pour se prémunir contre les menaces provenant de l’environnement géographique immédiat, notamment l’Afrique sub-saharienne et la Libye voisine, mais également des phénomènes mondiaux liés aux changements climatiques, à l’immigration et la montée du terrorisme et de la violence. En effet la position géographique de la Tunisie entre l’Afrique et l’Europe d’une part et à mi-distance entre la Méditerranée occidentale et la Méditerranée orientale, d’autre part, lui donne des avantages certains sur les plans stratégiques et économiques mais lui causent des problèmes sur le plan sécuritaire. La proximité avec l’Europe et son ouverture sur la mer fait d’elle un point de passage vers l’Europe des trafiquants et des migrants.

A côté de ces menaces conventionnelles, il y a lieu de considérer également les nouvelles menaces liées au cyberespace et d’intégrer la cyber-sécurité dans la stratégie sécuritaire du pays.

La stratégie sécuritaire de la Tunisie devra s’appuyer sur une volonté politique claire et forte. Elle passe également par la valorisation des instances en charge de la question, tel que le Conseil National de Sécurité et le Centre National des Renseignements.

 

Dr. Kristin Wesemann

Dr

Head of Strategy and Planning

kristin.wesemann@kas.de +49 30 26996-3803

Sophie Steybe

Referentin Publikationen

sophie.steybe@kas.de +49 30 26996-3726